Dimanche 27 janvier 
Hier, Mini Bacri râlait cette fois comme le vrai. Les monteurs avaient dû jeter l’éponge. Impossible d’utiliser la grue. Du coup, plutôt que de s’avouer vaincus, ils se sont mis à fixer le spoiler avant de la station. Et ouais, elle est tunée la station mais pas seulement pour faire « joli » sur les parkings de boîte le samedi soir. Comme il y a du vent paraît-il ici … et malgré le profil arrondi du bâtiment, une protubérance vient faire une bosse sous le menton de la base qui fait face au vent. Un arrondi qui donne à la base un profil de Boing. Ce spoiler détourne le vent vers le bas et l’accélère. Le but étant chasser la neige qui parviendrait à s’accumuler a pieds des pilotis sous la base. L’intérieur de ce spoiler est fait de plaques de bois, comme des quilles de bateau que les gars plantent parallèlement sous la face avant en se prenant pas mal de vent dans la face d’ailleurs.
Aujourd’hui, ça souffle encore et toujours mais un chouia moins. Du coup, ça y est. Les premiers éléments de la coque s’élèvent au bout de la Fassi, la petite grue rouge. C’est le coin nord-est qui inaugure la phase de non-retour. « A partir du moment où on commence la pose de ces modules de façade de la station, il faut aller au bout. »

Ce sera d’ailleurs le sujet du reportage que nous finirons par réussir à envoyer vers 23h30 à la VRT et à la R.T.B.F. pour le journal télévisé du lendemain. Enfin, on espère.
L’idée, c’est que si le vent s’engouffre dans une structure qui n’est pas hermétiquement fermée, la neige aura vite fait de remplir complètement la construction. Ce qui serait une catastrophe. Ca me rappelle l’année passée. Avec Alain, Gigi, Frank (notre mécano de cette année) et Philippe, deux militaires, nous étions allés sur la base japonaise désaffectée d’Asuka batue par … le vent, oui. Au lieu de planter une tente, Alain avait ressorti de la neige un véhicule à chenille qu’il savait équipé de couchettes. Et bien le véhicule fermé était complètement rempli de neige. Alain l’avait vidé à la pelle. Comme quoi, le moindre interstice suffit.
Le vent souffle encore. Les éléments ont l’air de peser des tonnes. En fait le plus lourd doit peser 66O kg. Comme les fenêtres sont intégrées, l’effet « touche finale » n’échappe à personne. Monteurs, grutiers photographie quasiment chaque morceau suspendu devant les montagnes…
Après le dîner, Alain et Bernard Polet finissent le repas en discutant de l’aménagement de la pièce d’entrée de la base. Le giga hall d’entrée. Qui dit hall d’entrée, dit … porte manteaux. Si, il dit porte manteau ! Si. « Dans toutes les bases que j’ai visitées, la pièce qui fait office de vestiaire était un véritable foutoir. » dit Alain. Et pour cause, généralement, afin d’éviter de salir l’intérieur des stations, on demande aux gens d’enlever leurs gigantesques bottes pleines de neige et de souvenirs olfactifs de leurs faits et gestes du jour. On leur recommande aussi de passer des chaussures plus légères et sèches. Et puis de laisser leurs grosses vestes… Ce qui donne effectivement des pièces pleines de brol avec des petites et des grosses chaussures mélangées et des râteliers de porte manteau qui n’en peuvent plus de vomir des vestes toutes les mêmes soigneusement non marquées afin de pouvoir bien les mélanger. Quel bonheur de découvrir dans sa poche le mouchoir d’un autre non ? Mmm, merveilleuse ambiance.
Bin ici, non. Comme le hall d’entrée est suffisamment grand, on peut penser à une pièce à chaussures avec des casiers et tout ça. Et puis ne pas commettre l’irréparable erreur d’acheter des crochets de porte manteau dans le commerce. Juste assez grand pour supporter un string brésilien au maximum (oui, on est un peu en manque) mais pas des vestes de 3m3 par manche… Noon, fabriquer soi-même des crochets polaires dignes de ce nom, voilà ce qu’il faut faire. Comme ça, la station belge sera non seulement la plus propre mais aussi la mieux rangée du monde !
Là-dessus, Marc l’estropié lance une idée pour la nouvelle pièce. « Pourquoi ne pas faire comme dans les mines ? » Ouiii ?. « Une salle des pendus ? » Tu entres. Chacun sa ficelles reliée à une poulie au plafond et accrochée à hauteur d’homme à une sorte de tableau. Une ficelle, un nom. Tu descends ton porte manteau avec un filet par exemple et tu y accroches ta veste. Les chaussures dans le filet. Tu tires et tu remontes le tout au plafond. « Bonne idée, s’écrie Bernard, parce qu’en plus tu bénéficies de la chaleur ascendante pour le séchage au plafond… et pas d’occupation de place au sol ! » « Pas bête.» Acquiesce Alain. Et là j’aurais peut –être dû la fermer : « Oui, d’autant que ça donnera un cachet typiquement belge à la station ! » Le savoureux silence qui s’en suivit fut délectable. Evidemment qu’elle est déjà on ne peut plus belge la station. Je voulais simplement dire un cachet supplémentaire. Trop tard. Yvan vole à ma rescousse : « Un petit côté Marcinelle comme ça… » Bin voilà, il avait capté lui.
Bon bin, un café alors.
L’après-midi, Jos et moi trimons pour le reportage du soir. Et bing ! Catastrophe. Le vent vient de jeter violemment la caméra du collègue au sol. Connexion son pétée mais bien. Ce satané vent.
Afin de ne pas trop oublier qu’on est dimanche, il y a quand-même une ou deux ballades qui s’en vont. Notamment Jacques et Vincent qui tentent un attaque frontale de la montée de glace vers le sommet d’Utsteinen et Thierry qui ne supporte pas la glandouille ici. Comme il se retape 40 heures de traverse ce soir, il veut refaire le tour d’Utsteinen je crois. « C’est ça ou je fume trois cigarillo que je n’aiplus de toute façon… »
Ensemble, on trouve un point de vue d’où on aperçoit toute la station à la condition d’accepter un contre jour made in china, pays du soleil levant dans le dos… Et bien à force de voir des gaillards utiliser et recycler la matière du chantier, genre l’échafaudage qui deviendra mezzanines dans les garages et tout ça,j’ai fait un peu comme eux. J’ai disposé des panneaux de bois couvert d’une espèce d’aluminium que j’ai trouvé parmi les emballages des éléments de la station et je te me les ai mis derrière la caméra, coincés dans un container ouvert pour nous abriter du … du … du vent. Mon vieux, c’était digne des plateaux de télévision de Maritie et Gilbert Carpentier. Ca pour rutiler, ça rutilait.
Au moment d’Aller chercher Alain en skidoo et de revenir, lui au guidon, ça m’a rappelé les 200km qu’on a fait comme ça l’année passée pour guider la première traverse sous le regard abasourdi de ma caméra gelée. On contourne le chantier par le petit col sur le ridge à 150 m au nord du chantier. Alain regarde. Il prend le temps de regarder. C’est bon ça. Il se rend compte à quel point ça a une gueule ce truc. L’interview sera bien.
Jos et moi on a chacun fait un face caméra avec Alain façon news. Je ne raffole pas de l’exercice. Exercice de style quoi. Ca s’est bien passé.
On passera une bonne partie de la soirée à monter notre truc et à l’envoyer. Galère mais ça a marché.
Au cours d’un des innombrables et interminable calculs informatique de m… nécessaire à l’envoi par internet de notre joyaux, nous décidons d’aller dîner avec les gens. On se bat avec un canard comment dire … pas cru non. Disons à peine mort … Boah pas grave. Et alors que je me battait avec des trucs de canard cru coincé entre les dents, je perçois une odeur… Ca sent la magouille. La magouille de haut vol même parce que je soupçonne Alain « H » comme « Himself » d’être dans le coup. Je fais chouinter encore quelques fois mon entre dents en regardant le susmentionné se lever. Ca sent la fausse communication. L’assistance plonge dans le silence de circonstance et on entend mon chouintement filer vers la porte, disparaître et revenir avec une caméra… La communication est déjà commencée mais ça sonne bidon. Alain demande à tous un effort sur la sécurité et un peu d’attention pour un autre orateur qui va justement parler sécurité…
Bernard Polet se colle alors un papier sur le bonnet « DHL Pole Express » ou un truc comme ça. Je le savais. Avec Joffrey, il apporte une sorte de cadeau emballé en deux grandes parties à un certain Marc Debandt, notre coordinateur, respnsable sécurité et néanmoins estropié. En deux temps trois mouvements, ils assemblent les deux espèces de trucs en bois à la visseuse et hop … apparaît comme par enchantement, un « rocking chair » magnifique sous les applaudissement de tous les membres de l’expé.
Rapidement installé au coin de la Janine, le nouveau meuble est essayé par son propriétaire tout sourire. Il faut dire que c’est là que Marc se réchauffe la couenne d’ordinaire en fin de journée sur un chaise en plastic que Janine (notre poil-fondeuse de neige pour ceux qui viennent d’arriver) a de plus en plus envie de fondre.

Le dimanche essaye de se racheter un peu en balançant un florilège de couleurs incroyables dans le ciel mais pour pas faire le faux cul, il souffle encore un peu.
A bientôt,
Benjamin Luypaert
D'autres infos sur le site de la station polaire