La crise financière est peut être derrière nous, mais, on le sait, la crise économique va affecter durablement les entreprises, et aussi les entreprises de presse. Il n’y a en effet aucune raison que les médias soient épargnés. Ce sont des entreprises qui doivent être rentables. Mais ce qui aggrave la crise, c’est qu’elle survient au plus mauvais moment. La presse, les radios les télés sont face à des bouleversements considérables à tous les niveaux : économique, culturel, technologique, organisationnel. Et la période qui s’ouvre risque d’être fatale pour beaucoup.
C’est en tout cas la prédiction d’une autorité, Emily Bell, la directrice des contenus numériques du prestigieux quotidien britannique The Gardian. Elle s’est exprimée récemment lors d’une conférence et selon elle, les médias occidentaux sont sur le point de connaitre je cite « deux années de carnage ».
Et Emily Bell enchaine. Rien qu’au Royaume-Uni, 5 quotidiens nationaux pourraient disparaitre. Quant au marché des journaux locaux, il s’écroule. Et il ne pourrait bientôt plus rester qu’un seul groupe audiovisuel, la BBC. Car les groupes privés pourraient tout simplement disparaitre. Et même les entreprises qui survivront devront passer par une longue période de vaches maigres et de pertes avant de pouvoir générer des revenus de leur passage sur le net.
Philippe Couve, un confrère de Radio France Internationale que nous avons déjà eu dans cette émission, note en réaction sur son blogue que les medias sont peut-être à la veille d’Apocalyps Now.
Parce que la récession s’ajoute à la crise d’identité des médias traditionnels qui toujours selon Emily Bell « ont été incapables jusqu’à présent à produire des contenus différenciés au milieu d’un ouragan de savoirs et de publications causé par la croissance de l’auto-publication en ligne, comme les blogues.
Y a-t-il des pistes de solutions?
Toujours selon la directrice des contenus numériques du Gardian, la révolution doit d’abord être culturelle : les medias doivent quitter l’âge de la représentation. C'est-à-dire le modèle où les médias diffusaient ce qu’ils pensaient que le public devait savoir. Ils doivent entrer dans l’ère de la participation et d’une meilleure connaissance du public. Les journaliste devraient être encouragés à voir l’information comme une conversation et la relation avec le public doit être encouragée. Fin de citation.
Bref, l’ennemi c’est le conservatisme sous toutes ses formes et toutes les variantes du corporatisme journalistique et médiatique. Il va falloir passer par de douloureuses remises en question. Et oser innover.
A noter que si l’on doit transposer cela à la situation de la Communauté française de Belgique, on butte sur une difficulté supplémentaire : l’étroitesse du marché. Il y a sans doute là aussi matière à réflexion pour les pouvoirs publics. A condition que les responsables politiques en charge des médias fassent preuve de hauteur de vue et d’initiative et n’en profitent pas pour tenter de renforcer leur contrôle sur la presse. On a pu nationaliser des banques en difficulté, il serait malvenu de faire de même avec les médias. Directement ou indirectement.
Références :
Compte-rendu de la conférence d'Emlily Bell : http://www.journalism.co.uk/2/articles/532538.php
La page interMédias de Philippe Couve : http://intermedias.ning.com/profile/PhilippeCouve
Les commentaires récents