Chronique radio diffusée le 18 juin à 19h (journal RTBF)
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D'abord une annonce prometteuse.
Pour la première fois à l'Opéra Royal de Wallonie:
Lucrezia Borgia de Donizetti nous donne un avant-goût de la révolution esthétique menée par Verdi quelques années plus tard. Le livret de Felice Romani suit assez fidèlement la pièce de Victor Hugo (revenu décidément à la mode puisqu’en théâtre, Lucrèce Borgia a été mis en scène par Frédéric Dussenne,cette saison.)
Quant à la partition de Donizetti, qui alterne rire et larmes, vin et sang, dans la tradition contrastée du romantisme à la Victor Hugo elle met l’accent le plus souvent sur grandeur tragique i. Le rôle-titre est écrasant pour toute colorature dramatique qui s'y frotte. Ici l'élément de virtuosité pure doit s'effacer devant la violence des accents et la puissance du timbre nécessaire. L'empoisonneuse, comploteuse, mère incestueuse et monstrueuse maîtresse est interprétée par la grande June Anderson, soprano aux aigus exceptionnels. Invitée des plus prestigieuses maisons d'opéra d'Europe et des Etats‑Unis, elle chante avec des chefs d'orchestre renommés, tels que Bernstein, Conlon, Dutoit, Levine, Mehta, Muti, Ozawa... C'est elle aussi qui chante l'air de La Reine de la Nuit dans le film Amadeus de Milos Forman. June Anderson sera accompagnée, entre autres, du jeune ténor espagnol Ismael Jordi, consacré meilleur chanteur en 2004 par la presse spécialisée. Cet opéra en version concert, dirigé par Paolo Arrivabeni, ne se donne ne se donne que deux fois à Liège, ce soir le 18 et dimanche le 21, après-midi via l’Opéra de Wallonie à Liège.
Opéra toujours : un festival d’opéras contemporains a lieu en ce moment à Anvers. Si vous avez raté le très beau Sleeping beauties de Kris Defoort, dans une mise en scène de Guy Cassiers, donné à la Monnaie en mai, il est encore visible à l’Opéra d’Anvers ce samedi soir.
Critique
Par contre j’ai pu voir, dans le cadre de ce même festival une très curieuse œuvre du compositeur flamand Karel Goovaerts plus proche de l’oratorio que de l’opéra. Cela s’appelle Aquarius ou l’ère du Verseau. Une méditation futuriste sur un espoir d’harmonie universelle où le livret est remplacé par des onomatopées, chantées par un chœur de 8 sopranos et 8 barytons juchés sur de hautes échelles. Musicalement ce disciple d’Olivier Messiaen, fervent admirateur dans les années 50 de Stockhausen est aussi passé par la musique minimaliste à la Steve Reich. Ici pas d’intrigue, pas de protagonistes, pas de psychologie, pas de langue compréhensible sauf vers la fin où l’image du Christ sauveur et de la Jérusalem céleste promise à la Fin de L’Apocalypse de St Jean apparaît en vidéo et dans des textes polyglottes. Une curiosité qui appelle une comparaison. Ph. Boesmans, lui aussi parti du sérialisme, a su construire de vrais opéras. Karel Govaerts a construit un estimable oratorio où l’orchestre joue du minimalisme et les chœurs ont parfois la force de la Symphonie des Psaumes de Stravinski, en plus confus.

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