De(got)te di dju
«Dju», abrégé de nom di dju , c’est la reprise d’un spectacle créé à Wolubilis et Namur il y a deux ans. Un petit délice, j’y reviens .La nouveauté et le pari c’est de le jouer à Bruxelles, en plein mois de juillet, dans un théâtre fermé, le Théâtre de la Toison d’Or, voué au cabaret bon enfant. Il sera intéressant de voir ce public, Toison d’Or, s’adopter au style Degotte plus proche du surréalisme.
C’est un très bon Degotte, à la cible assez large, à la fois léger, rythmé et sarcastique, sur notre pauvre vie en général et la crise belge en particulier : c’est de la clownerie de haut vol .Sous-titré "Que la vie est chiante", "Dju" propose un enchaînement de scènes farfelues, une sorte d’hymne à la connerie majuscule où Degotte a décidé de battre le record du monde du "rien".Au centre du spectacle, un canapé sur lequel s'entassent cinq comédiens en peignoir de boxeur pimpant. Ils vont entrer et sortir, au pas de course, s’aligner par ordre de taille sur ce canapé qui concentre leur énergie… et leur agressivité,
Puis on glisse progressivement vers la belgitude et la constitution belge tournée en dérision. Il faut voir, ces jeunes comédiens, porter en choeur le spectacle, donnant du corps et du coffre à cette partition folle et iconoclaste où des apparitions surréalistes traversent la pièce : un poisson, un lapin rose et un immense étron qui tombe sur une constitution belge soumise à rude épreuve. Charlie Degotte y pète la forme, si je puis me permettre.
Dju de Charlie Degotte, se jour du 4 au 31 juillet à 20h30 au TTO Théatre de la Toison d’or (du mercredi au samedi).
Et puis jusqu’au 27 juin, au Théâtre Le Public, « La meilleure volonté du Monde » de Lorent Wanson.
JADE
Je ne connais pas de metteur en scène plus généreux que Lorent Wanson, attentif à toutes les misères du monde, le Quart Monde dans les Ambassadeurs de l’Ombre, le sort des Serbes dans Trous/Rupen, celui de l’Afrique, dans «Africare».
Avec la Meilleure volonté du monde, il fait un peu le tour de lui-même, de la complexité à faire le bien dans un monde immoral.
Il choisit deux femmes amies, l’une bourgeoise cossue, qui a adopté un jeune enfant noir, l’autre qui a décidé de se transformer en clocharde. La bourgeoise a épousé un ex-médecin sans frontières, devenu chirurgien esthétique. Sur cette situation de départ, l’intrigue part un peu dans tout les sens, avec pas mal de clichés, la bourgeoise jetant son mari dans les bras de la jeune clocharde. Coup de foudre et application de la chirurgien esthétique à la clocharde. Au milieu de ce ménage brinquebalant et rompu, le jeune enfant noir essai de réconcilier tout le monde. Un peu court, comme fable. Ajoutant un curieux chemin de croix christique sur ce parcours curieux. Il faut tout le talent réuni de Patricia Ide, Magali Pinglaut et Alexandre Trocki pour défendre crânement un texte plein de beautés de détail et de lacunes dans la structure.
PRESENTATRICE
« La meilleure volonté du Monde » au Public, jusqu’au 27 juin. Cette chronique, la dernière avant la reprise de septembre, est téléchargeable sur votre « Blog critique de Christian Jade » sur le site de la RTBF, La première.
Pendant le mois de juillet on pourra suivre sur ce blog vos chroniques sur le festival d’Avignon.
