Edito de fin de festival
-Le Théâtre des Doms, son historique, son effet d’attraction en Belgique francophone.
C. Jade
Une création controversée, un directeur consensuel
Le lieu belge du off, le Théâtre des Doms, existe depuis 2002, par la volonté, fort controversée à l’époque, du Ministre-Président libéral Hervé Hasquin. Il voulait avoir en Avignon, une «vitrine» de la Communauté française de Belgique, qui permette la diffusion d’une partie de la production théâtrale belge sur le marché français et international. Les faits lui ont donné raison.
Parmi les candidats inattendus au poste de directeur, Philippe Grombeer, qui dirigeait les Halles de Schaerbeek, depuis 28 ans, et souhaitait «changer d’air», par un nouveau projet. Il fut choisi et sut s’entourer, notamment, d’Isabelle Jans, un bras droit d’une efficacité remarquable. Les aménagements au bâtiment et la collaboration technique des Halles permirent, en deux ans, un confort et une sécurité professionnelle remarquables. Ajoutez la convivialité naturelle de Philippe et Isabelle, favorisée par un espace et un jardin qui permettent l’accueil et une restauration rapide de qualité. Enfin, last but not least, les choix éclectiques du directeur, (du théâtre à la danse, du jeune public au cirque et aux plus pointues des nouvelles formes, de Wallonie et de Bruxelles) n’ont comme limites que le manque de profondeur de la scène et la moyenne capacité de la salle (limitée à 130 places avec une petite salle variable, de 40 places).
Des résultats étonnants et un trop plein de candidats…en grande partie institutionnels.
Si la profession a condamné, il y a huit ans, l’initiative de créer ce lieu, ils sont plus de 100 (pour 7 à 8 élus) à essayer chaque année de s’y produire, vu le nombre impressionnant de producteurs français et étrangers (et même belges !!!), qui permettent à ces spectacles de tourner et d’avoir une seconde vie.
Il n’est pas rare que certains spectacles, produits aux Doms, tournent 100 fois pendant deux ans. Le record absolu est détenu jusqu’à présent par la pièce de J.M. Piemme, Dialogue d’un chien avec son maître… mis en scène par Philippe Sireuil et défendu par Philippe Jeusette et Fabrice Schilacci. Grâce à sa présence aux Doms, en 2008, le Dialogue tournera pendant deux ans, pour un total de 200 représentations! C’est la première fois qu’une production du plus «grand» théâtre de la Communauté (Le National) arrivait aux Doms, le «in du off», comme on l’a surnommé. En quelques années les Doms ont été reconnus comme un des cinq ou six lieux d’excellence du «off».
Pas étonnant, dès lors, que d’autres grands théâtres, comme le Rideau de Bruxelles, de Michael Delaunoy, ait posé sa candidature aux Doms, cette année, avec Hamelin, de Juan Mayorga, tout comme le Théâtre de Poche avec Chatroom, d’Enda Walsh et le théâtre de la Place, avec Causerie sur le lemming de F.M van der Rest et Elisabeth Ancion et Le Diable abandonné de Patrick Corillon. Les théâtres de Namur et de l’Ancre (Charleroi) coproduisent (ensemble) Sans ailes et sans racines de Hamadi et Soufian El Boubsi (un des quatre coups de cœur de la presse locale).Enfin le tout jeune Atelier 210 produit L’héroïsme au temps de la grippe aviaire de Thomas Gunzig. Et hors Doms , mais étroitement associé, les Hivernales accueillent, coproduit par L'L, la compagnie de danse Delgado-Fuchs et son Manteau long en laine...
(Interviews de tous ces participants et impressions sur leur performance très prochainement sur ce blog)
Satisfaction générale, inquiétudes et débat de politique culturelle?
Il semble que, désormais ce ne soient plus seulement les compagnies, fragiles et peu argentées, qui se battent pour figurer aux Doms, à Avignon, mais que les «grands», moyens ou petits théâtres s’y mettent aussi.
Au point que certains compagnies commencent à s’interroger. Le confort (financier et pratique) offert par les Doms à Avignon ne leur revient-il pas? Les «grands» théâtres, fortement subventionnés, ne devraient-ils pas se battre dans le «in» plutôt que de se pousser dans le «off» belge?
Un beau débat de politique culturelle pour la Ministre de la Culture, Fadila Laanan, dont la longévité exceptionnelle dans la fonction (deux fois cinq ans) devrait lui permettre une vision à long terme. Mais aussi pour le Ministre-Président Rudy Demotte, dont dépend financièrement le Théâtre des Doms, depuis sa création (et qui fut d’ailleurs co-Ministre de la Culture, avec Richard Miller…sous la présidence d’Hervé Hasquin !). Sans oublier, outre les Doms, la présence belge dans le «in» .Nous y reviendrons.
Au total, ces questions sont la rançon d’un succès, porté avec une douce énergie zen, par Philippe Grombeer. Qui n’a pas volé un des Prix de la Critique, le Prix Bernadette Abraté, qui lui sera remis, le 12 octobre, au Théâtre de la Place, à Liège, et qui récompense 36 ans de bons et loyaux services rendus aux arts de la scène, dont huit aux Doms.
Voici l’ interview téléchargeable, en conclusion de cette 8è année de présence
Téléchargement 09 07 29 GROMBEER PHILIPPE
NB :Saluons aussi la présence, dans le off d’Avignon, de La Manufacture, un lieu privé, créé en 2000, par le Montois Pascal Keyzer (secondé, depuis deux ans, par le Bruxellois Pierre Holemans) (interview réalisée à Avignon publiée très prochainement) et qui développe une production franco-belge non subventionnée de qualité;
L'écrivain et acteur Hamadi présentait d’ailleurs, à la Manufacture, «Dieu», premier volet d’un triptyque, dont les Doms présentaient le troisième, Sans ailes et sans racines, un dialogue d’un père (Hamadi) et de son fils, Soufian El Boubsi(interview du père et du fils téléchargeables sur ce blog en date du 27 juillet sur ce blog)

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