Chronique théâtrale du 26/11/09 sur La Première RTBF
Téléchargement 09 11 26 CHRON THEA RAIN MAN BOÏTE DE COQUILLAGESF34371957
RAIN MAN, OU L’APPRENTISSAGE DE LA DIFFERENCE
Maria del Rio, Michel Balthazar et Damien Gillard dans Rain Man (c) Bertrand Sottiaux
Critique
Il faut du toupet pour vouloir rivaliser avec un film aussi mythique que Rain Man, interprété par deux énormes acteurs, Tom Cruise et Dustin Hoffman, avec 4 Oscars à l’appui, en 1989. Michel Kacelenenbogen, ose, comme un théâtre londonien, ce défi, et, à mon sens, il le réussit. Il faut bien sûr laisser de côté certaines images du film et certains rythmes toujours plus séduisants que l’art théâtral, pauvre en moyens de séduction visuelle. Reste alors la séduction essentielle, le duel de deux frères : Charlie Babbitt, caricatural de l’Amérique profonde, où le business et le fric sont les seules valeurs et Raymond Rabbitt, frère autiste, atteint de la maladie d’Asperger. Une maladie qui lui laisse une intelligence mathématique et une mémoire prodigieuse avec des peurs terrifiantes de l’autre, un langage minimal et une élocution ralentie. Le père haï de Charlie a laissé tout l’héritage à une institution médicale pour soigner Raymond. Le mépris et le cynisme de Charlie, qui n’hésite pas à enlever son frère pour extorquer sa part d’héritage, se mue progressivement en un apprivoisement réciproque, qui se termine sur un relatif happy-end légal. L’absence de road movie est largement compensée par la qualité de jeu des protagonistes. Michel Balthazar, stupéfiant et attendrissant de vérité en autiste fragile, dans un grand corps maladroit, et Damien Gillard, qui passe, difficilement, du cynisme initial à l’humanisation de son personnage.
Michel Kacelenenbogen fait la démonstration de son talent de directeur d’acteurs, dans une pièce où les petits rôles sont un peu écrasés par les deux ténors. Mais l’ensemble frappe le public juste où il faut : à l’acceptation de la différence physique et mentale. Rain man au Théâtre Le Public jusqu’au 31 décembre
LA BOITE EN COQUILLA1GES OU LA HAINE DU PERE
La boîte en coquillages de Ph.Beheydt DR Le Méridien
Critique
Au Théâtre du Méridien, autre drame familial La Boite en coquillages Quatre enfants, deux frères et deux sœurs, confrontés à un père détesté, qui repose là-haut, dans un coma prolongé. Faut-il l’achever ou prolonger son agonie ? Le plus rebelle mène la danse, interprété par l’auteur, Philippe Beheydt, qui assure aussi la mise en scène et répond à nos questions.
Téléchargement 09 11 26 COQUILLAGES BEHEYDT MERIDIEN
Critique(suite)
Autre bonne surprise : la patronne du lieu, Catherine Brutout, joue, en douceur, le rôle ingrat de la fille la moins rebelle et la plus conciliante. Le quatuor d’acteurs excelle dans la petite musique du refoulé. La scénographie, qui permet de creuser les murs de haines enfouies dans ces mémoires, joue sur le mouvement des corps, la musique et la lumière qui sculptent autant de tableaux vivants.
La boîte en coquillages, de Philippe Beheydt, au Méridien jusqu’au 12 décembre
