UN FESTIVAL MEXIQUE : POPULAIRE, HISTORIQUE, SENSIBLE.
Critique
La fête mexicaine a commencé en fanfare, avec l’expo Frieda Kahlo dont la sensibilité aiguë attire la grande foule.
Fantastique et coloré
Alebrije (c) Museo nacional de Arte Popular de Méjico
La suite se décline en thèmes et variations plus populaires ou didactiques .Populaires, ces délicieux alebrijes, dans le Grand Hall du Palais des Beaux-Arts, des figurines fantastiques, confectionnées en papier mâché ou en bois et qui nous viennent tout droit du Museo de Arte Popular de Mexico. On croirait voir, en couleurs vives et formes baroques, ces figures grimaçantes et fantastiques qui ornent certains tympans d’églises médiévales. De fait, à l’origine, elles représentaient le démon ou Judas au cours de la semaine sainte mexicaine. Un délire corsé de formes animales et humaines comme apéritif amusant (et gratuit) avant d’aborder la solide exposition Imagenes del Méxicano.
La dure conquête de l’identité Imagenes del Méjicano:
J.M. Zepeda, Retrato de F.Torres, 1846 © Museo Nacional de Arte, INBA
Une ambition historique et quasi ethnographique : retrouver l’identité mexicaine par la statuaire (art précolombien) mais surtout la peinture, la photo et le film. Cette anthologie un peu disparate charrie le meilleur et le moins bon. Le meilleur: l’idée d’interroger l’identité mexicaine par le biais de l’art avec, notamment, une salle d’art précolombien et quelques beaux portraits des maîtres modernes de l’art muraliste «révolutionnaire», Diego Rivera, Siqueiros et Orozco. Intéressant aussi son côté documentaire avec d’étonnantes révélations (pour nous) sur la classification raciale établie pour déterminer la hiérarchie des castes sociales, du blanc espagnol au noir de la traite, en passant par tous les mélanges codifiés. Une classification franche qui donne à réfléchir, à l’heure du débat sur l’identité nationale française. Passionnant aussi l’exposé des contradictions charriées par la Révolution de 1910/1920, comme le flirt éphémère avec la Révolution russe, dont témoigne un bel extrait du film d’Eisenstein «Viva Mexico !». Le moins bon: avec le «portrait» comme fil conducteur, cela donne des œuvres souvent inégales, une trop longue galerie de peintures naïves ou académiques: un bon support de démonstration, sans plus. Avec quelques moments d’émotion, comme ce culte aux enfants morts, qui unit toutes les classes sociales.
Alebrijes*** et Imagenes del Méjicano, ** à Bozar jusqu’au 25 avril.
Infos : www.bozar.be
(publié dans La Voix (du Luxembourg) le 22/02)

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