
(c) Ph. Grimont
Du Russe dissident Evgueni Schwarz, on connaît Le Dragon, dans une mise en scène transcendante, de la compagnie Arsenic; meilleur spectacle aux Prix de la Critique 2002. Ou encore Le Roi nu, présenté au Théâtre National dans une mise en scène spectaculaire de Laurent Pelly (2004). Laurent Pelly qui s'attaque en ce moment au Don Quichotte de Massenet à La Monnaie, pour les adieux de José Van Dam.
Critique:***
Deux grandes pointures donc dans notre mémoire mais la jeune actrice et metteuse en scène Jasmina Doueib suit une belle et exigente logique.Elle nous à proposé, au petit théâtre ZUT un très beau Maeterlinck, puis, au Varia,Littoral de Wajdi Mouawad et l'an dernier Le cercle de craie causasien, à l'Atelier 210: l'usage des
marionnetees de Natacha Bellova donnait du mystère et du dynamisme à la fable de Brecht.
Manifestement la matière épique et le conte poético-politique sont sa matière de prédilection.

B. Verhaert et V. Lecuyer (c) Ph. Grimont
« Rebelote » donc avec L'ombre d'E. Schwarz, qui part, comme Le Roi Nu d'un conte d'Andersen pour décrire le régime stalinien. On y découvre un sympathique savant qui tombe amoureux d'une princesse et se fait rouler dans la farine par son «ombre», un ami d'enfance ou la partie sombre de lui-même.Il perd donc et l'amour et le pouvoir, deux des moteurs de l'action humaine. Sous la romance, la satire du pouvoir, la caricature, parfois un peu nforcée de ministres sinistres et corrompus.

J. Douieb (c) Ph. Grimont
Une belle scénographie de Xavier Rijs multiplie les « ombres » des personnages par des miroirs qui nous font vivre à l'infini ce cauchemar du dédoublement de la personnalité et de la comédie grinçante dunpouvoir. Yasmina Douieb réussit une mise en scène intelligente et efficace où le dynamisme de ses acteurs trouve sa
place dans un espace bien pensé.
Il faudrait citer tous les acteurs avec, en tête les fougueux ôles principaux, Benoît Verhaert, l'ombre maléfique, et Vincent Lécuyer, le savant naïf. Du grand théâtre populaire de qualité.
L'ombre, d'E. Schwarz, au
Théâtre de Namur jusqu'au 30 avril, puis
au
Théâtre le Public du 5 mai au 26 juin.
Info:
www.theatredenamur.be
www.lepublic.be
Interview de Jasmina Douieb, metteuse en scène et actice
www.rtbf.be/culture/scenes/lombre-portee-de-la-tyrannie-devgueni-schwarz/
Christian Jade
Un conte noir mais lumineux. Une histoire fantastique et une pièce fantastique. S’agite une lanterne et soudain se matérialise un concert de lumières, de clairs-obscurs, d’ombres portées, rampantes, menaçantes, jonglant avec les éclats de lumières, de miroirs changeants, de portes mobiles vers le monde D’Andersen. Des reflets et du damier noir et blanc partout : au sol, sur la jupe, les bas de la servante, un abat jour, et dans les cœurs. Un jeu mortel s’engage. Les cases noires sont plus nombreuses : les personnages fantastiques sortent de toutes parts, passent les murailles, changent d’identité mais pas de desseins funestes. Ils répandent leurs maléfices cependant que suspendu par l’amour, le jeune homme, savant de son état, rêve et aime un balcon. La Princesse, montée en graine, est peut-être inaccessible. Le but de l’artiste en humanité est de rendre les gens enfin heureux, dans la simplicité de l’eau vive et de la vie qui chante. Mais tout s’emmêle, le crépuscule et ses fantômes vaniteux prennent le pouvoir. Seule manque la de reine de la nuit, ou est-ce la princesse ? Les mécréants rivalisent et se détestent, la jalousie exulte tandis que le prince du jour, férocement attaché à la vie, seul bonheur ici-bas, se débat comme un diable! Le pouvoir corrompt et le pouvoir absolu corrompt absolument L’argent, le pouvoir, aussi méprisables que l’ensemble des gredins et génies malfaisants qui peuplent la scène retrouveront la place qui leur convient, l’ombre et l’insignifiance. Cette pièce est merveilleuse de dynamisme, de surprises, d’inventions scéniques, elle nous replonge dans l’effroi des ogres grimaçants de notre enfance, prêts à nous dévorer, et dans les délices de l’attente de l’impossible amour. Le jeu des acteurs se courbe entre paroles, danse, chorégraphie, pantomime comme une rivière de mystères. Christian Théodore et Théodore Christian. Corps et âme, tout cascade et court vers la chute finale ou vers la vie simple et belle.
Rédigé par : Dominique-hélène Schoemans-Lemaire | 26 juin 2010 à 09:57