Peter Grimes B. Britten (c) Annemie Augustijns
La version de Peter Grimes que nous propose l’Opéra de Gand est brillante et par la mise en scène de l’Américain David Alden et par une distribution de haut niveau.
Peter Grimes est le premier opéra de Benjamin Britten, composé à la fin de la deuxième guerre mondiale. On y retrouve l’influence d’Alban Berg dont Britten admirait le « Wozzeck ».L’hostilité d’un village de pêcheurs à un marin accusé d’avoir maltraité deux de ses mousses rappelle l’éternel thème « biblique » du bouc émissaire, dont Wozzeck, une œuvre qui a beaucoup influencé Britten était un exemple dans le milieu militaire
Peter Grimes. Le Choeur (c) Annemie Augustijns
Britten et son ami le ténor Peter Pears, pacifistes et homosexuels dans une Angleterre nationaliste et très homophobe pouvaient eux aussi intérioriser le thème du bouc émissaire. La musique sublime de Britten en porte la marque. Elle est d’une intensité totale, dans les parties chorales, où brille un chœur de l’opéra des Flandres capable d’assumer le naturalisme/expressionisme parfois caricatural du combat entre le marin Peter Grimes et le village agressif, déchaîné et aveugle. Capable aussi de douceur angélique dans les chants religieux d’impossible réconciliation.
Peter Grimes(Jorma Silvasti) et Ellen(Judith Howarth) (c) Annemie Augustijns
Dimanche dernier le chef des chœurs Yannis Pouspourikas conduisait aussi l’orchestre nous laissant parfois sur notre faim : la musique en tempête pas toujours maîtrisée luttait parfois durement contre un chœur très (trop ?) nombreux, surtout dans le prologue et le premier acte. Splendide maintien de l’orchestre par contre dans les interludes symphoniques tellement beaux que Britten les a isolés et publiés en « Four sea interludes », 4 interludes maritimes. Mais le chef d’orchestre finlandais Leif Segerstram, qui assure encore deux des représentations à voir à Gand jusqu’au 10 juillet a fait l’unanimité de mes collègues Quant aux solistes on a trois grandes pointures avec le Peter Grimes d’un autre Finlandais, Jorma Silvasti, d’une justesse d’intonation et d’une présence dramatique parfaites tout comme la douce Ellen, conciliatrice au rôle impossible, entre village déchaîné et accusé ambigu. Ellen , interprétée avec grâce par l’Anglaise Judith Howard tout comme l’excellent capitaine à la voix rayonnante de Peter Sidhom.
Et la mise en scène me direz-vous de l’Américain David Alden ? Autant il excelle dans les parties solistes et dans la direction d’acteurs dans les moments tragiques, autant sa chorégraphie des ensembles du chœur nous a paru parfois un peu lourde. Mais à voir l’ensemble, on se dit qu’Alden s’en tire plutôt bien dans une partition contrastée où Britten l’invite à jouer à la fois sur le populaire, qui louche sur l’expressionisme allemand ou même sur le « musical » à l’américaine Mais il excelle à rendre le drame de l’individu, avec ses ambiguïtés, dans un climat pictural où la lumière dramatise les états d’âme à la manière du romantique allemand Caspar David Friedrich. Une scénographie efficace de Paul Steinberg éclairée en finesse par Adam Silverman. Au total un beau Peter Grimes où musique et visuel, sans toujours s’accorder, nous laissent d’énormes bouffées de bonheur.
Peter Grimes de Benjamin Britten à voir à l’Opéra de Gand jusqu’au 10 juillet www.vlaamseopera.be
Christian Jade. rtbf.be

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