« Cock »: un vaudeville bi-gay bien balancé
Jeudi 30 septembre 2010
La comédie gay, de Some like it hot à La cage aux folles n’est pas rare (quoique souvent caricaturale) mais le mouvement gay-lesbien issu des années 70 en a multiplié les nuances, au cinéma plus qu’au théâtre. Rarement traitée, la bisexualité, la double attirance pour les hommes et les femmes. Cock du Britannique Mike Bartlett nous livre une fine analyse.
Critique:***
Cela fait dix ans que John vit avec un homme, en couple homo stable, accepté tant par sa mère (morte entretemps) que par son père. Soudain, la crise: dans le couple, rien ne va plus, ce qui serait banal (homo ou hétéro, d’ailleurs) mais il y a un hic : il trompe son ami avec…une femme, alors qu’il s’est toujours senti homo. Toute la pièce tourne alors autour des indécisions de John, de sa difficulté à « choisir son camp » : homo ou hétéro ? Le dialogue subtil,-excellent texte de Mike Barnett- à la fois franc et direct, épousant les colères du partenaire trompé et les hésitations du bisexuel tourmenté nous fait passer du rire à la sympathie, pour l’un comme pour l’autre. Il faut dire que le duo entre Cédric Eeckhout et Grégory Praet est vraiment « haut de gamme» avec un petit bonus pour Grégory incarnant avec un naturel confondant sa soulante valse hésitation.
Un coup de théâtre : l’apparition de l’Ennemie, dans l’espace « conjugal ». D’abord décrite comme une femme baraquée, « masculine » par John, pour apaiser la colère de son partenaire, on voit surgir la ravissante Erika Sainte, toute de subtilité féminine pour affirmer son droit à conquérir John. On est là dans un vaudeville à l’envers où c’est l’Amant(e), qui relègue la « légitime »…dans le placard…de la cuisine, alors qu’elle occupe le haut du pavé. L’arrivée du Père (excellent Christian Crahay) de la « victime » trompée apporte aussi sa dose d’humour puisqu’il prend le parti du couple homosexuel, « légitime » face à la conquérante femelle…qui l’attire, lui, le père. Tous les ingrédients du vaudeville sont donc là mais en douceur, sans caricature, aidant à approfondir l’analyse de ce désarroi existentiel. Les hésitations de John, la qualité des dialogues et la fin suspendue donnent à l’ensemble une belle allure, rythmée par une mise en scène dépouillée. La volonté « anti-réaliste », d’Adrian Brine, dégageant simplement les rapports de force, se conforme strictement aux volontés de l’auteur et dirige souplement ses acteurs vers la « juste note » collective.
Cock, de Mike Barnett, m.e.s Adrian Brine***
- au théâtre de Poche, jusqu’au 23 octobre
-Info : www.poche.be
Christian Jade (RTBF.be)



La vie est un rêve. Calderon (c) Anoek Luyten


