« Britannicus »: sadomasochisme à la Cour.
Mercredi 27 octobre 2010
Une version « skateboard », de Britannicus : si la modernisation des œuvres anciennes vous amuse, il ne faut pas rater cette mise en scène de Georges Lini.
Critique:**
Lini plonge Britannicus, Néron, Junie, Agrippine sur une rampe de skateboard, en équilibre fatalement instable. Une idée intéressante parce que cette piste permet à la fois de bien dessiner les rapports de force par le jeu de dominant à dominé selon la hauteur qu’ils occupent sur la piste. Avantage pratique : on ne voit pas les portes donc les entrée et sorties lassantes. Bémol : passé le moment où ils dégringolent, au début, de la piste, pour signifier la force épuisante de la conquête du pouvoir et de l’énergie vitale pour le conserver, la répétition du procédé tourne court. La répétition de ce jeu de dégringolade épuise vite sa métaphore et ne rend pas le jeu collectif beaucoup plus « physique ». On finit par souffrir pour certains acteurs qui s’épuisent à cette gymnastique un peu vaine.
Néanmoins, le tout forme un melting-pot intéressant. L’alexandrin est boxé avec vigueur, ce qui ravit un public adolescent, gagné par cette ardeur nouvelle. Moi, j’ai eu parfois un peu de peine, notamment avec le rôle principal – Néron – interprété par Didier Colfs, la plupart du temps au premier degré d’un « méchant » cow boy de far-west. Didier : un acteur que j’aime beaucoup et qui véritablement « déchire » dans certains /textes contemporains anglo-saxons ou canadiens (L’Ouest solitaire, Incendies). Ici, je vais peut être vous surprendre, mais j’aurais préféré voir Didier Colfs dans le rôle du comploteur politique malheureux, qui échoue finalement, Britannicus, (ou à l’inverse l’horrible conseiller politique Narcisse, âme damnée de Néron). Et voir Itsik Elbaz dans le rôle de Néron où – à mon sens – il aurait été moins « premier degré », moins méchant-méchant, plus « vicieux », ce qui est très « néronien » finalement comme la séduction sado-maso de Junie, la fiancée de son rival, prise en otage. Un coup de chapeau par contre à Agrippine, l’insupportable mère de Néron, interprétée avec force et subtilité par Valérie Lemaître Dans cette distribution , un point faible,les confidents, un peu largués par la mise en scène « au couteau » de Lini et un point fort, le dynamisme global qui entraîne l’adhésion du public .
Et c’est quand même l’essentiel de rendre une pièce ancienne – sans la trahir – actuelle. Pour moi c’était un peu « premier degré », pour d’autres ça marche. Tant mieux.
Britannicus de Racine, m.e.s. Georges Lini à l’Atelier 210, jusqu’au 30 octobre.
Christian Jade (RTBF/Culture.be)


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