Barbelo: puzzle de chiens et d’enfants.
Jeudi 12 novembre 2010
Depuis 1997, La trilogie de Belgrade, Histoires de famille, La chute, Supermarket les comédies grinçantes de Biljana Srbljanovic, s’imposent sur toutes les scènes européennes
Critique : **
Cette Serbe « critique » parvient souvent, avec humour, à rendre compte des contradictions des guerres balkaniques (1990/1995) puis des sentiments mitigés ayant suivi l’intervention de l’Otan en 1999 contre Milosevic et sa politique d’annexion agressive du Kossovo. Son nom d’apparence imprononçable (Srbljanovic phonétiquement cela donne à peu près « Serbeujanovitch ») sa jeunesse triomphante…et la qualité de son écriture scénique en font une idole des plus grands metteurs en scène, d’Ostermayer en Allemagne à Berutti en France ou en Belgique. Le Festival de théâtre de Liège, le Théâtre de la Place, sous l’impulsion de J.L. Collinet, l’ont accueillie plusieurs fois (La Chute, Supermarket). Et le jeune Thibaut Nève nous a fourni une hilarante version de la Trilogie de Belgrade alors que Myriam Youssef déployait ses Histoires de famille. Biljana, la coqueluche.
Ce préambule positif pour vous dire que son dernier texte, Barbelo, à propos de chiens et d’enfants nous a plongé dans une grande perplexité. Deux heures à voir déambuler des acteurs dans un bel espace scénique, dû à Anna Popek : un énorme cercle mouvant, capable de véhiculer des acteurs en équilibre instable, de cracher la pluie ou d’être une source d’images vidéo. Technique impeccable, visuel séduisant des tableaux créés, acteurs engagés mais au service d’un texte curieux, qui nous échappe constamment. Cà commence plutôt bien par un dialogue père-fils musclé qui pose le problème central, celui de l’identité et de la descendance. Et accessoirement de la politique pour le père et de la boulimie du fils. Deux maladies? A partir de là apparaît une mère morte, filée dans un paradis improbable et remplacée par une très jolie belle- mère aguichante, enceinte ou pas( ?), qui tient un rôle central écrasant : excellente performance de Lise Wittamer, dans le genre réaliste, qui a une aventure avec un voisin de palier, Fabrice Adde, un flic un peu sous-employé ici. Surgit alors un chien que le dénommé Barbero-allure de sans-papiers en hiver- appelle sa mère( !), puis une femme qui a accouché de quatre de ces gentils monstres canins inoffensifs et qui seront éliminés par un vétérinaire. Pour ajouter à la confusion qui gagne le plateau, les didascalies de l’écrivaine qui se moque de son écriture.
On passe son temps à essayer d’assembler ce puzzle un peu fou, à compter les couches de sens dissimulé dans ce hachis Parmentier un rien indigeste, pour essayer de comprendre ce que d’excellents acteurs (dont Vincent Letellier , Fabrice Adde et Nicole Cochat) ont voulu nous communiquer. A la sortie on consulte le dossier de presse, dans l’espoir d’une illumination sur cette saga animalière et enfantine.
Et sur la difficulté à distinguer l’homme de l’animal, fil rouge du récit (après la guerre de Yougoslavie, et toutes les autres qui ont suivi on peut comprendre que les hommes soient des bêtes pas du tout inoffensives, comme ici, métaphore un peu simpliste) l’auteure, Biljana S., nous livre l’explication suivante :
« Barbelo est une notion qui, dans l’histoire de la Chrétienté, fait
référence à la première émanation de Dieu, sa proto-origine, La
Cause première, le principe originel, une sorte d’espace
métaphysique qui est la source de tout, même la nôtre.
Pour moi, Barbelo est la matrice d’une mère, un endroit protégé
et chaud, hors du temps et précédent le début de tout (…). Sa
Dimension religieuse n’est pas essentielle du tout, au contraire.
Barbelo est l’endroit d’où nous venons et où beaucoup
voudraient retourner se cacher, et chacun devrait pouvoir décider ce que c’est. ».
Voilà : à vous de décider du sens à donner à ce carrousel de personnages en mal de vivre et en recherche infinie de tout et de rien, de l’humanité, de l’animalité, de la matrice originelle, débrouillez-vous. La mise en scène d’Anne Busang est esthétiquement bien faite mais ne rend pas compte de la folie, du délire qui traverse tous les personnages. Comme si elle avait voulu traduire en langage quotidien, accessible à tous, des folies beaucoup plus intimes et insolubles.
Barbelo, à propos de chiens et d’enfants, de Biljana Srbljanovic, mise en scène Anne Bisang, coproduction Comédie de Genève, Théâtre de la Place (entre autres).
A voir au Rideau de Bruxelles (en errance au Marni), jusqu’au 20 novembre.
puis au Théâtre de la Place, du 23 au 26 novembre.
Info : www.rideaudebruxelles.be
Christian Jade. (RTBF.be)


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