Projet HLA, du Français Nicolas Fretel, est un drame techno où évolue le sinistre trio d’une famille glauque, qui règle ses comptes macabres, dans une mise en scène de Georges Lini.
Le projet HLA, une tragédie techno.Nicolas Fretel (c)Stéphanie Jassogne
Critique:***
Très jolie surprise au Théâtre de Poche qui nous a habitués à des mises en scènes à la fois « trash » et hyperréalistes. Georges Lini qui, parfois, pousse ses acteurs à des excès de décibels réussit à donner une vraie grandeur tragique à un sombre drame familial contemporain, une de ses spécialités.
Un titre mystérieux : Le projet HLA, une tragédie techno. Nicolas Fretel, l’auteur, met en scène un père, une mère, un fils et les complications meurtrières de leur code génétique.
Dès l’entrée en salle, nous sommes conditionnés par la vue du trio familial, assis côte à côte sur trois chaises, dans un espace envahi de bouteilles d’alcool, avec, en fond sonore, la musique live d’un DJ, Doc CLD et, projetée sur trois murs, une vidéo à transformations. On passera du papier peint de la chambre banale à une atmosphère de plus en plus glauque où la projection des eaux troubles de la famille surgit d’un banal aquarium à poissons rouges… morts depuis un an. Métaphore et ambiance. La vidéo de Sébastien Fernandez et Aurélie Borremans nous plonge dans le « bocal » familial : une réussite totale, cette immersion.
D’entrée de jeu, le drame est planté : la cruauté du père vis-à-vis de son fils qu’il oblige à manger comme un chien, en associant la mère à ce jeu sadique. Cette scène-refrain rythmera, comme dans une sonate, une cantate ou une musique répétitive techno, les divers flash-backs qui approfondiront, en même pas une heure, cette épure de haine dégénérée d’une famille.
Le meurtre du père, tyran et abuseur sexuel, se déroule comme une cérémonie qui laisse la place à bien des ambiguïtés.
Après un an de belle errance – en Belgique et en France, avec « Dialogue d’un chien avec son maître », de J.M Piemme (plus de 200 représentations !)- Philippe Jeusette fait un retour remarqué, comme un père à la cruauté presque impassible. Valérie Lemaître se fait l’interprète inspirée de cette « mater dolorosa » qui prend le parti du fils… tout en baladant l’urne contenant les cendres du père. Corentin Lobet, fils sacrifié, a une belle présence physique, dans la confidence, comme dans le rythme mais devrait rendre son élocution plus précise. Au total, une cérémonie rituelle, contemporaine, exécutée comme une partition musicale, rythmée et convaincante.
Projet HLA, une tragédie techno, de Nicolas Fretel, mis en scène par Georges Lini, au Théâtre de Poche jusqu’au 2 avril.
Infos : www.poche.be
Christian Jade (RTBF.be)

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