Bruxelles a vécu un mois de mai bercé par les effluves du Reine Elisabeth (déjà évoquées ici) et par le Kunstenfestival des Arts, le festival d’Avignon bruxellois. Bilan.
Boris Charmatz. "Levée des conflits".
Depuis 1994, le Kunstenfestival des Arts de Bruxelles nous a révélé, bien avant Avignon, des artistes majeurs (Romeo Castelucci, Christoph Marthaler, René Pollesch, Rodrigo Garcia, Rimini Protokoll), mais aussi des Belges comme Guy Cassiers, Jacques Delcuvellerie ou Transquinquennal.
Fabian Hinrichs dans René Pollesch. "Ich schau dir in die Augen"
Cette année, parmi les étrangers, un nouveau coup de maître de l’Allemand René Pollesch, de la Volsbühne de Berlin qui, grâce à un acteur exceptionnel, Fabian Hinrichs nous livre une parodie fine et hilarante de cette mode agaçante, le théâtre interactif. Ich Schau dir in die Augen : une impertinence bienvenue qui casse la réputation un peu austère du Kunsten. Et puis deux découvertes: les Mexicains du groupe Lagartijos tirados al sol se basant sur la biographie contradictoire d’une ancienne militante communiste, nous rappellent, sans didactisme et avec humour, les contradictions des mouvements révolutionnaires des années 1970, dans El rumor del incendio. Ils prouvent qu’on peut faire du grand théâtre avec des bouts de ficelles, de l’astuce et de la sensibilité.
Daisuke Miura "Chateau des rêves"("Yume no shiro")
Une découverte japonaise, très controversée, Daisuke Miura. Dans Château de rêves il nous plonge dans l’univers désespérant de 8 jeunes Japonais réduits à l’état animal (sexe, bouffe et sommeil). Pris au premier degré, insupportable, mais si on résiste à une répulsion première, la chorégraphie des corps, les lumières et couleurs raffinées, le sursaut d’humanité final en font un chef d’œuvre dépassant largement la téléréalité porno.
Et les Belges?
Mentionnons aussi deux Belges francophones d’avenir : Fabrice Murgia, rendu célèbre par Le Chagrin des ogres, triomphalement accueilli à l’Odéon à Paris et qui présentera, cet été, à Avignon, à la Manufacture, après le Kunsten, Chronique d’une ville épuisée, performance sans paroles, avec une vidéo virtuose sur la solitude mortelle d’une citadine d’une ville, réduite à l’internet. A ne pas manquer non plus, une autre jeune Liégeoise, Anne-Cécile Van Dalem, dont l’univers d’une inquiétante étrangeté (Habituation) a séduit les festivaliers du Kunsten, après les spectateurs de Namur, Liège et Bruxelles. Le 2è volet sera visible au National, entre autres, en 2011-2012.
"Habituation". A.C. Van Daelen
Signalons enfin l’accueil triomphal réservé à une chorégraphie de Boris Charmatz, Levée des conflits, un ballet hypnotique, pour 24 danseurs, visible cet été à Avignon, dont Charmatz est l’artiste associé.
Christian Jade (publié dans « La voix du Luxembourg »(30/05/2011)
