Deux jeunes comédiennes prenant comme référence de leur compagnie le célèbre tableau de Frieda Khalo «Les deux Fridas» se lancent dans l’aventure de parler et jouer «folie» sur un plateau de théâtre. Elles assument tout: texte, mise scène et jeu, chacune jouant en outre deux personnages, la malade et son infirmière. Beau pari, à moitié réussi.
"Ajuste tes pensées, petite soeur" Aline Mahaux et Sarah Brahy (c) Michel Boermans
Critique:**
Aline Mahaux, joue Alma et Sarah Brahy, Myriam: toutes deux patientes et infirmières, en alternance, d’un asile psychiatrique, avec pour «docteur», rationaliste et doucereux Henri Monin. Naît-on fou ou le devient-on ? Posée d’emblée, la question n’a évidemment pas de réponse et ce fil conducteur un peu lâche, renvoyé de temps en temps à l’assistance, peine à structurer ce qu’on voit. Les deux jeunes femmes jouent parfois la vie quotidienne dans cet asile, avec des clins d’œil comiques, et une jolie synchronisation de leur comportement. Pour devenir infirmières elles mettent un bonnet blanc, pour devenir malade elles le tombent ce bonnet. Tout tourne évidemment autour du «trip» (intérieur ? extérieur ? réel ? imaginaire ?) que les deux patientes/infirmières entreprennent, à partir du remède type de la folie: le médicament, censé calmer la douleur ou la cacher.
A lire le dossier de presse, nourri de bonnes références (de Charcot à Michel Foucault et son «Histoire de la folie à l’âge classique», de l’antipsychiatrie des années 70 aux « Jardiniers de la folie» plus récent d’Edouard Zarifian) on se dit: quel beau travail de préparation! Mais sur scène le texte écrit à deux mains par les actrices, manque souvent de punch et les rebondissements de la scénographie réservent peu de surprises. Le personnage du docteur manque de consistance et le mouvement perpétuel des deux actrices entre infirmière et malade rend le propos parfois confus et répétitif. Et pourtant, dans ce spectacle court (1h et quart), quelques moments intenses, grâce à la belle présence des deux actrices. Aline Mahaux, en particulier a une remarquable puissance d’incarnation du trouble, de l’instabilité, des contradictions. Voilà donc un beau potentiel de jeu, une noble (et difficile) ambition, (avec la folie on risque de tomber dans l’excès, elles n’y tombent jamais). Mais quand on retourne voir le tableau Les «deux Fridas, de Frida Kahlo, qui inspire les jeunes actrices, on se rend compte que leur spectacle, faute d’un bon texte, manque du tragique intense de leur inspiratrice.
Elles évitent le pathos, elles existent sur scène mais leur texte tourne en rond, amuse, séduit mais ne convainc pas. A conseiller néanmoins à tous les amateurs de débutantes douées et ambitieuses.
«Ajuste tes pensées, petite sœur», de et avec Aline Mahaux et Sarah Brahy au Théâtre Océan Nord jusqu’au 5 juin
Christian Jade (RTBF.be)
"Les deux Fridas". Frida Kahlo. DR
