Au moment où le festival IN plie bagage, une poignée de souvenirs et d’impressions fugitives.
Les retours en Belgique.
Life and Times, Chronique d’une vie de Kelly Copper et Pavel Liska.
C’est un des rares moments festifs et sans prise de tête du Festival. On a apprécié ce projet un peu fou de retranscrire littéralement les 16 heures de confessions, de sa naissance à aujourd’hui d’une femme appartenant au groupe marginal américain Nature Theater of Oklahoma. Cela tient évidemment de la performance mais transformée en expérience collective. Sur le plateau, six acteurs (jeunes) chantant et dansant le texte, nous livrent une douce parodie de la comédie musicale et du feuilleton télévisé américains. Nous avons eu la chance d’assister au deuxième épisode, le meilleur paraît-il. La preuve: il est importé par les meilleurs théâtres flamands au printemps 2012.
Life and Times, Chronique d’une vie
Kaaitheater /Brussel ( 8-10 mars), de Singel/Antwerpen(16 et 17 mars) et Vooruit/Gent(25 et 26 mai) .
Violet de Meg Stuart : danseurs écrasés par un génial batteur.
On connaît bien Bruxelles la chorégraphe américaine installée chez nous et qui est en résidence au Kaaitheater. Elle introduit souvent avec humour dans ses chorégraphies des questions de société ou des thèmes familiaux ou amoureux.
Violet est une partition plus abstraite avec des danseurs écrasés par l’énorme percussionniste Brendan Dougherty, qui nous la joue tellement rock à décibels déchaînés, qu’il a la politesse de distribuer des boules Quies à l’entrée ! Ce déchaînement initial est suivi, à mi-chemin d’une percussion plus douce qui permet aux danseurs de revenir dans le jeu, de renaître à un peu de cohésion entre eux. Pièce abstraite, impressionnante de force musicale mais qui nous laisse sur un point d’interrogation : la danse et le théâtre ne sont-ils pas submergés par l’art dominant :la musique ? Cas de Bertrand Cantat face à Sophocle, mis en scène par Mouawad , et dans une moindre mesure d’ATDK dont la musique du Moyen Age, l' ars subtilior paraissait plus convaincante que la chorégraphie.
A voir au Kaaitheater, cette saison www.kaaitheater.be
Sur le concept du visage de Dieu de Romeo Castellucci.
Après un raté technique au Singel, à Anvers, ce printemps, l’œuvre y reviendra cette saison.
Problème pour le spectateur provoqué jusque dans son intimité et sa pudeur : on voit le rapport entre un père en phase terminale incapable de retenir sa dysenterie. Le fils BCBG essaie de l’aider, de le langer devant nous, une fois deux fois trois fois : chacun pense à un membre de sa famille en fin de vie. Si vous le prenez au premier degré, c’est « scatologique ». Mais une très belle image du fils de Dieu, le Christ, que son Père a obligé à s’incarner dans la douleur, ne cesse de nous regarder, dans une douceur irréelle Et soudain on passe de la scatologie à l’eschatologie, le sens divin ou non à donner à la vie. Une bande de gamins surgit qui tentent de détruire l’image de Dieu à coups de grenades. Puis l’image s’auto-détruit dans un concept final "Faites vous partie de ce troupeau guidé par la foi ?"En moins d’une heure tout est dit.
Choquant pour les uns, salutaire pour les autres, dont je suis.
Du 1er au 4 février 2012 www.desingel.be
Simple coup de cœur Ebauche d'un portrait de François Berreur.
Ce texte est une reconstitution partielle du Journal de Jean Luc Lagarce. Créé en 2008 au Théâtre Ouvert à Paris, il mériterait de circuler, peut-être réduit d’une demi heure, pour excès d’allusions au microcosme parisien. Lagarce, auteur et metteur en scène est mort, lentement, du sida. Ce n'est pas un "exhibitionniste" de sa maladie mais son témoignage sur la relativité de son activité littéraire, qui pourtant le passionne (contradiction) et sur les progrès de sa maladie sont un morceau d’anthologie, fin, subtil, émouvant.
Surtout que, pour défendre ce monologue, Laurent Poitrenaux un des acteurs les plus doués du paysage théâtral français actuel, donne la mesure de son talent. On l’avait déjà apprécié dans Jan Karski de Nauzyciel. Il a un une présence intime au texte et une capacité de la transmettre en douceur au spectateur . Un acteur dont la carrière mérite d’être suivie de près.
Christian Jade (RTBF.be)


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