Ray Chen, le triomphe d’un virtuose, tendance zen.
Ray Chen, ( photo Benoît Matterne)
Le triomphe de l’Australien d’origine taiwanaise Ray Chen, 20 ans est à la fois dans la logique du concours- à valeur égale, favoriser les plus jeunes- et dans la logique tout court : il était le meilleur, selon nous, dès les éliminatoires et les demi-finales et a brillamment confirmé cette supériorité, en finale. Une sonate de César Franck au style raffiné, dégageant un lyrisme sans emphase, un concerto imposé difficile, où il s’est montré inventif et un concerto de Tchaikovsky brillant, pétulant, rythmé, avec des prises de risques entraînant quelques dérapages vraiment mineurs. Ajoutez une présence scénique époustouflante, mélange de charme, d’aisance et de bonne humeur communicative. Cet Australien formé au Curtis Institute de Philadelphie avait déjà remporté, l’an dernier, le 1er prix au concours Yehudi Menuhin. Il peut désormais arrêter les concours et se trouver un bon impresario pour mûrir tranquillement, au sein des grands orchestres internationaux.
Ray Chen est un exemple parmi d’autres que la carrière des grands solistes ne se forge plus au niveau national mais international.
Lorenzo Gatto (photo Benoît Matterne)
C’est aussi le cas du jeune Belge Lorenzo Gatto, deuxième à 22 ans, formé par Augustin Dumay, à la Chapelle musicale Reine Elisabeth, mais qui est parti se perfectionner à Vienne, auprès du maître russe Boris Kushnir. Son concerto de Paganini, en finale, d’une éloquence sans emphase, d’une joie de vivre proche du bel canto en fait déjà une coqueluche nationale en Belgique. Mais ses ambitions sont clairement internationales.
Lorenzo Gatto et Ilian Garnet (photo Benoït Matterne)
Enfin le troisième lauréat, le Moldave Ilian Garnet, 25 ans, illustre la même nécessité de l’exil pour conquérir la perfection : il n’est sorti de son pays qu’à 20 ans et s’est formé en Finlande auprès du maître russe A.Vinnitsky. Quelle belle maturité, quel rayonnement naturel, au service d’une sonate de Brahms, du concerto de Shostakovich, dont il éclaire tous les climats. Avec I.Garnet, même l’imposé perd de son austérité, les dissonances devenant agréables l’oreille. Voilà trois lauréats auxquels un bel avenir semble promis. Agréable surprise aussi que la présence à la quatrième place de la jeune Coréenne Kim Suyoen, 21 ans, fine musicienne qui avait été victime d’une brève perte de mémoire dans son concerto de Beethoven. Un seul regret: que la Japonaise Mayu Kishima ne figure pas parmi les 6 lauréats classés. Ce tempérament impérial et inventif, méritait une place d’honneur. C’est aussi la «loi» du Reine Elisabeth: le jury crée, chaque année, une ou deux frustrations.
Les deux derniers classés sont techniquement robustes mais la Coréenne Yoon Soyong a mal mesuré l’ampleur de sa sonorité dans un sonate de Franck et le Russe Nikita Borisoglebsky, fin musicien, a manqué d’un peu d’audace dans son concerto de Tchaikovsky. La messe est dite.
Vivement les joutes pianistiques, l’an prochain.
Encadré le classement :
1er prix: Ray Chen (Australie, 20 ans)
2è prix : Lorenzo Gatto (Belgique, 22 ans)
3è prix : Ilian Garnet (Moldavie, 25 ans)
4è prix : Kim Suyoen (Corée, 21 ans)
5è prix :Yoon Soyoung (Corée, 24 ans)
Le trio vainqueur de gauche à droite Ilian Garnet (3è), Ray Chen (1er) et Lorenzo Gatto (2è)
(Photo Benoît Matterne)
