27/11 - La chronique de Paul Hermant
Il ne vous aura pas échappé que nous sommes entrés dans les turbulences des fêtes de fin d'année et que la ville a commencé déjà de revêtir son plus bel habit de cérémonie et à chamarrer de rouge et d'or les vitrines de ses grands magasins en espérant bien sûr que la première neige, pour la plus grande joie des grands et des petits, recouvre enfin nos avenues de son blanc manteau immaculé maintenant que les bois et guérets sont dépouillés de leurs attraits et que le grand sapin, roi des forêts, trône sur la place principale autour de laquelle s'organise ordinairement, jouez hautbois, résonnez musettes, le marché de Noël.
Ah, le marché de Noël ! Qui n'a pas son marché de Noël avec son vin chaud à la cannelle et ses délectables tartiflettes ? C'est quelque chose, le marché de Noël. Et ce terme n'est pas innocent qui vient nous dire que Noël, par ailleurs, est aussi une industrie et s'il fallait vous le prouver que Noël est bien un marché, vous n'avez qu'à penser à cette main invisible qui vient au matin déposer sous le sapin tous ces cadeaux dont vous n'avez jamais osé rêver.
Depuis quelques années, cependant, la matière première manque pour alimenter correctement ce marché. Car voilà, ce monde manichéen, décembre venu, manque cruellement de blanc. Alors, on s'arrange. L'on produit au canon la neige qui nous manque. Ainsi, prenez l'exposition « Ice fantasy », ce festival de sculptures de glace et de neige qui se déroule à Bruges. Cette année, cette exposition entend rendre hommage à l'année polaire internationale. Et, singulièrement, au projet d'Alain Hubert et de son équipe dont on vous a abondamment parlé sur cette antenne et dont la station Princesse Elisabeth est en route en ces heures, pour le pôle.
Pour que les 40 artistes puissent réaliser leur ouvrage, on a donc produit pour cette exposition, 400 tonnes de neige artificielle. Mais pour la glace, c'est autre chose. La sculpture requiert une qualité particulière introuvable ailleurs que dans la nature. A la télé, un organisateur nous annonce que, pour cette fois, les 300 tonnes de glace nécessaires proviennent du Canada.
Est-ce que quelqu'un lui a dit, à Alain Hubert, que des types s'étaient chargés de lui trancher sa calotte glaciaire, juste pour le plaisir de lui sculpter une reproduction de sa station polaire ? Car, que l'on sache, c'est bien pour observer la fonte des glaces que cette expédition s'est ébranlée.. Alors on se demande, nous qui ne sommes pas de la partie mais qui avons le grand tort de regarder le soir les informations télévisées, si nous n'assistons pas là à une dérive sans doute, mais une dérive du sens.
Alors, pour se rassurer, on se souvient de cette vieille blague et on la raconte vite fait : qu'est-ce qui est blanc, qui tombe en hiver et qui termine par « ile ». De la neige, imbécile. Allez, bonne journée et puis aussi bonne chance.




la chronique de Paul Hermant constitue un divertissement honorable:http://debxl.canalblog.com
Rédigé par: thco | 27 novembre 2007 at 14:40
En tout cas l'on peut dire, en cette année 2007 (et bien moins qu'en 2008 et suivantes) que ces sculptures de glace ont ceci de commun avec l'Arctique: elles sont éphémères… Et lorsque cette éphéméréité aura fondu comme neige au soleil, Bruges passera du statut de petite Venise du nord à petite Atlantide du nord. Une scission comme une autre quoi, un peu à l'instar des dérèglements climatiques dûs à la négligence, au je m'en-foutisme, à l'égoïsme et aux caprices humains. Ainsi, avec tout ce temps que les politiques perdent en le consacrant aux futilités bien éloignées des priorités et des urgences vitales, les revendications séparatistes opiniâtres flamandes auront-elles aussi un effet domino incontrôlable…
Ainsi partent à la dérive les continents, les calottes glaciaires, le sens des valeurs et les repères…
Et vous espérez passer une bonne journée, puis une bonne annéééééée après ça? Bonne chance!
Rédigé par: M | 27 novembre 2007 at 14:24
Bien vu comme toujours,
et bien dit. Je me suis permis de transférer ton texte en copier coller
à un ami plombier qui se trouve en ce moment là-bas en Antarctique, occupé avec quelques autres à monter des éoliennes pour cette future base, afin qu'elle soit "zéro émission" comme on dit je crois.
ça va certainement leur plaire. :))
amicalement
Anne Catherine
Rédigé par: Van Santen AC | 27 novembre 2007 at 11:32