Quelle affaire, hein Jean-Pierre, le débat d'hier ! La liberté des uns s'arrête là où commence celle des autres, disait votre piéton en traversant au feu vert. Sans doute, mais la liberté des autres recommence là où s'arrête celle des uns répondait votre automobiliste qui redémarrait en klaxonnant.
Et je n'ai pas regretté de ne pas avoir pris ma voiture pour vous rejoindre au Heysel parce que nous sommes ainsi faits que nous sommes pétris de contradictions et que pour aller m'asseoir à vos côtés dans le salon de l'auto, j'aurais dû la prendre, mon auto, comme je l'emprunte tous les matins parce que le CO2, figurez-vous, je connais, j'en fabrique dès mon lever. Et je n'ai donc pas voulu ajouter aux paradoxes que votre débat hier, Jean-Pierre, a révélés. Mais je vous assure : c'était un vrai régal pour l'auditeur postmoderne et contemporain.
Ainsi de cette question sur le blog s'étonnant que l'on interdise de fumer tandis que l'on autorise encore des gens à se déplacer, je cite, « seuls, en voiture parfois pour des distances inférieures à 10 km, alors qu'ils sont en bonne santé et ont deux jambes en parfait état de marche ! ». Je m'en voudrais de ne pas préciser à cet auditeur qu'il est des pays où il est interdit de fumer aussi dans les voitures mais cette intervention était exemplaire. Elle nous posait cette belle et vraie interrogation : est-ce que deux interdictions créent une liberté ?
Il est vrai que nous comprenons petit à petit que nous nous étions trompés et que nos anciennes libertés s'appellent désormais des assuétudes et que nous acceptons que l'Etat et les compagnies d'assurances s'immiscent pour notre bien dans nos comportements privés. C'est vrai pour la cigarette bien sûr, c'est vrai pour l'obésité, aussi. Notre santé personnelle est devenue un objet et un enjeu publics… Alors, pourquoi pas, donc, la voiture, sachant qu'il existe des éléments plus que probants sur sa nocivité et sa dangerosité ?
Car après tout, s'il existe des fumeurs passifs, raison pour laquelle on interdit la cigarette dans les lieux publics, ne peut-on pas non plus considérer qu'il existe aussi des passagers et des piétons qui ne sont rien d'autre que des conducteurs passifs et interdire, à ce titre, l'usage de la voiture sur nos routes ? Il serait logique d'en arriver là, non ?… Après tout, un piéton vaut bien un non fumeur…
Voilà où nous en sommes, Jean-Pierre, qu'il n'y a plus un acte de la vie quotidienne qui ne doive désormais être lu en fonction de sa capacité de nuisance. Pourtant, nous le savons bien : vivre tue. Et votre vie, la mienne, sont des conduites à risque. Nous voulons pourtant les juguler. Allez savoir, peut-être souhaitons-nous vivre le plus longtemps possible pour être sûrs de voir les eaux monter et la banquise fondre… Mais moi qui sais que mon temps est compté et qu'il vient de s'écouler, je vous promets de revenir là-dessus demain. Allez belle journée et puis aussi bonne chance.




Ah oui, Isabelle M., je l'avais pressenti à la phrase "Bonne chance à notre bonne vieille Terre..."
Mais comme la première partie à l'air assez réelle pour sembler ne pas avoir été inventée de toutes pièces, j'ai rebondi dessus.
Donc moi aussi c'était de l'humour, mais il y en de différentes espèces et il est amusant de les voir se croiser au hasard des rencontres.
L'humour n'est pas synonyme de désintérêt ou d'indifférence.
Pour certains plus austères pourtant, on ne plaisante pas avec tout!
Et c'est vrai, on ne plaisante pas avec tout. Pas assez.
(N'est-ce pas Louis Scutenaire?)
Pour Paul Hermant, de Louis Scutenaire:
"Paul Colinet est le Don Juan des mots."
Rédigé par: M | 17 janvier 2008 à 17:02
Cher M.
Vous avez presque tout compris, à ce détail près : c'était de l'humour.
Mais je me réjouis de voir que le concept fonctionne dans des tas d'autres domaines que je ne manquerai pas d'explorer ! Un peu comme la définition du sucre, par Alphonse Allais : "Le sucre, c'est ce qui donne au café un goût amer quand on oublie d'en mettre". Amusant, n'est-il pas ?
Rédigé par: Isabelle M. | 17 janvier 2008 à 15:14
il faut bien que l'on soit coupable de quelque chose ... juste pour être à la mode, être dans le ton, de toutes ces victimes coupables d'exister !
alors, je fume ...dit la chanson et les volutes m'entourent, me protégeant de leur intransigeance !
Rédigé par: Leloire Marie-Claude | 17 janvier 2008 à 15:11
Ah ben ça! Ben en voilà une façon de retourner le problème comme une chaussette tiens! Dans ce désordre d'idées, la culpabilité de Total suite à la marée noire due au naufrage de l'Erika va nuire à l'économie pétrolière. Les limitations au Japon des massacres des baleines vont nuire à l'économie des producteurs de produits de beauté. Et l'interdiction de tuer les rhinocéros en Afrique pour leurs cornes d'où l'on extrait des substances soi-disant aphrodisiaques va nuire à l'entente conjugale…
Vu les enjeux, il semble évident de deviner qui doit s'adapter à quoi. C'est juste une question de survie planétaire.
Bof…
Mais bon, s'il est préférable d'acheter son quat' quat' avec pare-buff' et son quad tous terrains pour sauvegarder l'économie des marchands de bagnoles, où se trouve le paradoxe?
Et en plus, si ça se trouve, l'interdiction de conduire en état d'ébriété nuit gravement à la santé économique des marchands d'alcools. Merde alors!
Rédigé par: M | 17 janvier 2008 à 13:49
Et dans cet ordre d'idée, j'ajouterai mon petit paradoxe du jour : "La protection de l'environnement nuit gravement à la santé de l'économie automobile."
Bonne chance à notre bonne vieille Terre...
Rédigé par: Isabelle M. | 17 janvier 2008 à 11:38
"Et ruerunt in servitudinem"... (Tacite)
PS : ceci est un 20e envoi sorry car TypePad a décrété ce matin que mon adresse un spam... mais pas sur les autres blogs de Matin Première ! Ces ordis n'en font qu'à leur tête.
Rédigé par: BD | 17 janvier 2008 à 08:34
La voiture est à la liberté ce que l'argent est au bonheur. N'est-ce pas Coluche qui disait : "L'argent ne fait pas le bonheur ... des pauvres !" ?
Dans le répertoire du politiquement correct nous devrions peut-être ajouter "la voiture écologique" pour remplacer "l'auto-immobile".
Rédigé par: Christian B | 17 janvier 2008 à 05:59