Mon premier est le centre d'une capitale de l'Europe qui brûle. Mon second, la marine européenne qui lance une opération contre les pirates de haute mer.
Je me demande ce que donneraient ces deux informations si on les voyait de loin, par exemple dans les livres d'histoire. On dirait Rome. Ou bien les guerres médiques. Enfin, je veux dire, ça fait tout de même un peu Antiquité.
Il n'y a plus de périphéries et les réseaux n'ont pas de centre, tout le monde sait ça, désormais. Mais tout de même, on se surprend d'être plus au courant de ce qui se passe au large de la Somalie, dans les eaux chaudes du Golfe d'Aden, que dans les quartiers qui descendent de l'Acropole. Car il faut bien en convenir : de la démocratie grecque, nous ne savions rien.
On voit bien le danger qui vient d'Afrique, migrants, clandestins, pirates : de toute façon, tout le monde en Afrique a l'air d'aller et venir sur l'eau. Que l'on passe la Méditerranée sur des barques ou des pateras ou bien que l'on aborde des pétroliers ou des paquebots au large d'Aden, l'Afrique mondialise les mers et les océans, la confrontation nord-sud semble liquide. On commence à le comprendre.
Mais de cela : de la situation d'un pays ayant adhéré à l'Union européenne en 1981 et dont plusieurs villes sont livrées aux combats de rue - à la violence urbaine disait-on dans les dépêches d'agence - personne ne nous avait mis au courant. Athènes en feu ? Les dernières nouvelles remontaient aux incendies de forêts de l'été 2007, lorsque le Mont Parnès s'enflamma et que l'on avait craint que le centre historique aussi s'embrase.
Et de la même façon que l'Islande il y a quelques semaines nous avait étonnés jusqu'au vertige par son effondrement financier, la Grèce nous surprend aujourd'hui en nous donnant à connaître un vaste malaise démocratique où tout semble mêlé : on nous dit violences policières, régression sociale, crise financière, corruption politique. La mort d'un gamin vient de catalyser tout cela.
De sorte que l'on se demande si ce vocable de violences urbaines est bien approprié et si ce n'est pas de violences faites à l'urbanité dont il faudrait plutôt parler. Car tout de même, Athènes, Salonique, Trikala, Corfou, Samos, Volos, Patras… Ce ne sont plus des villes, c'est un pays. On avait inventé les cités pour protéger leurs citoyens, croit-on se rappeler. Maintenant que les villes servent surtout à se protéger de leurs citoyens, quelqu'un se souvient-il pourquoi on avait créé des pays ? Allez, belle journée et puis aussi bonne chance.




Votre premier et votre second se trouvent pourtant bien à des endroits fondateurs de notre Civilisation, du croissant fertile des civilisations Perses et Egyptiennes à la Grèce Antique berceau de la Démocratie dont l'héritage culturel nous est arrivé par les Charybde et Scylla(tiens les revoilà!)de l'Empire romain...faut-il croire que cet héritage est aujourd'hui disparu, qu'il nous faudrait donc bâtir une nouvelle Civilisation "mondialo-internationnaliste"?(beurk)...j'aimerais autant repartir à la conquête de la Toison d'Or!
Rédigé par: Jean-Luc Gaspard | 09 décembre 2008 à 10:42
Bonjour,
J'ai dû relire 2 ou 3 x le billet cette fois. Centre de l'Europe, pirates et migrants d'Afrique, Athènes, Islande, le monde est devenu vraiment un village avec vous cher Paul Hermant.
Comme vous dites, cela donne le vertige. On se croirait pigeon voyageur. La démocratie grecque au milieu, que l'on a adopté et adapté sans la comprendre dans sa finalité de l'époque.
Pour se protéger, l'homme s'est d'abord sédentarisé. A construit sa maison en du matériau de plus en plus dur. A créé des frontières, a créé son identité. Où se trouvent-elles les frontières d'aujourd'hui?
Les villes sont devenues des mégalopoles. Les pays se sont vues grignotées ou effacées derrières des entités plus proches des cultures pour former des régions.
Dans toutes transformations qui s'entrechoquent, qui protège qui? La réponse peut-être dans un prochain de vos billets?
Rédigé par: L'Enfoiré | 09 décembre 2008 à 08:28
De Restore Hope (un flop) à Atalante (la seule équipière des Argonautes)...
Ou comment naviguer de la protection de populations exsangues au sauvetage de marchandises.
Rédigé par: gabrielle | 09 décembre 2008 à 07:09