Ce lundi, la journée démarre tout en fête : c'est que Philipmpe Lavil célèbre son soixante-quatrième anniversaire ! Mais avant de souffler les bougies, c'est encore une sacrée étape qui attend le peloton... Au total, une soixantaine de bornes seront parcourues tout le long de la Côte sous le Vent, une fois de plus baignée par une chaleur de plomb. Et du plomb, mieux valait ne pas en avoir dans les mollets tant le relief du jour est exigeant. Ereintant. Tuant. Certes, il y a les descentes, mais qui dit descentes dit forcément montées. Pas du genre col pyrénéen, plutôt dans le style gibbosité hors norme, montagnes russes naturelles à tendance surdimentionnée. Bref, sans conteste l'étape la plus difficile depuis le début de ce périple.
Et que dire alors lorsque les RAVeListes quittent la nationale peu avant Pointe-Noire pour s'aventurer sur la départementale 22, le chemin de Morphy : là, mieux vaut avoir les freins en parfait état de marche et mouliner, mouliner... ou pousser la bicyclette dans les côtes qui s'apparentent à d'authentiques murs à côté desquels les pourcentages de celui de Huy seraient comparables à de vulgaires bosses du Pays des Collines.
Sur cette route perdue dans une incroyable verdure, une pause bienfaitrice se fait chez Annette et Adrien Rémy-Bartholomé, un couple de libraires arlonais qui a posé ses pénates en 1988 dans ce petit paradis terrestre où se dresse une authentique maison de bois dressée au coeur d’un jardin tropical de trente-deux ares, aux centaines d’espèces de fleurs, plantes et arbres où s’égaient autant d’oiseaux multicolores. Pour ne rien gâcher, le décor se complète par une vue panoramique sur la mer des Caraïbes, à quelques pas à peine de plages de galets et de sable fin… Et s'ils y coulent des jours paisibles et heureux, nos compatriotes ne se contentent pas du farniente : dans les chambres Ylang, Marine et Courbaril – qu'ils ont construites de leurs propres mains en courbaril, un bois extrêmement dense et résistant –, ils accueillent les couples et familles désireux de goûter à ce qui s'apparente au bonheur suprême. Celui par exemple d’un petit déjeuner en terrasse où les fruits du jardin s’alignent sur la table ou celui des nuits si douces qui font oublier de fermer portes et fenêtres… (http://gitebeaugendre.free.fr)
Sur les bords des routes ou lors d'arrêts dans les villages, les Guadeloupéens sont toujours aussi intrigués par l'étrange colonne vélocipédique. Les encouragements succèdent à l'étonnement, l'indignation à la surprise. « Vous venez de Deshaies et vous allez à Saint-Claude ? Mais vous êtes fous ! » est un propos courant. Les automobilistes ont parfois tendance à s'impatienter derrière le groupe qui ralentit la circulation. Lors de son dépassement, le petit geste ou le coup de klaxon de mécontentement est aussitôt remplacé par de vifs signes de soutien qui agissent tels de chaleureux dopants.
A mi-parcours, autre halte, cette fois à la plage de sable noir – mélange de basalte volcanique et de grains de quartz – de Malendure, qui fait face aux îlets Pigeon. La richesse et la beauté exceptionnelles des fonds marins ont permis au site d'être intégré au Parc national de Guadeloupe en 2009. Les écoles de plongée lui donnent un autre nom : la réserve Cousteau, en hommage à l'illustre commandant qui a tourné en ces lieux quelques séquences de son célèbre Monde du silence. Il y a même moyen d'apercevoir le buste de l'homme au bonnet rouge, immergé par douze mètres de fond... Mais la réelle richesse du site, ce sont les espèces d'animaux et de plantes : 267 espèces de mollusques, 155 de poissons, 56 d'éponges et 28 d'algues y sont notamment inventoriées.
Ensuite, la route continue ses incessants va-et-vient montagneux. Toujours l'océan à main droite et les vertes hauteurs à main gauche. Les mornes succèdent aux ravines, usant le corps et l'esprit : que diable se cache-t-il donc derrière le prochain tournant ? Les visages se font de plus en plus marqués, les muscles de plus en plus endoloris, les pores n'évacuent plus des perles de sueurs mais un filet de transpiration que rien n'éponge et les litres d'eau consommés se comptent par dizaines. De plus en plus proche, la Soufrière (1467 m) joue à la coquine, ne laissant apparaître sa cime sommitale que par intermittence. Saint-Claude est proche. Le dernier effort pour se hisser à ses 530 mètres d'altitude est inqualifiable : chacun puise au plus profond de soi pour avancer, coup de pédale après coup de pédale. Jamais les derniers kilomètres n'auront été aussi pénibles. Et c'est dans le noir complet, sur le coup de 19 heures que toute l'équipée arrive à bon port. Avec des images plein la tête et une incroyable émotion pour Yves et tous ceux qui l'ont accompagné, secondé, poussé, encouragé :les mecs, vous êtes tous plus formidables les uns que les autres. Vous forcez l'admiration. Vraiment. VOIR LES PHOTOS >>>