Grande comme trois fois et demie la Belgique, l'île de Cuba a la forme d'un crocodile. Elle en a aussi la couleur. L'image d'Epinal est tout sauf surfaite. En approchant des côtes cubaines, la mer des Caraïbes déroule ses eaux cristallines d'un turquoise intense. Derrière elles, la savane, cette plaine parsemée de quelques monticules épars, affiche un vert intense. Bouquets de palmiers se mélangent aux étendues herbeuses que survolent inlassablement les silhouettes gracieuses des urubus à tête rouge. Sur les routes, les machinas, ces anciennes voitures américaines qui appartiennent désormais au patrimoine cubain, happent le local qui brandit un menu billet.
Stade et vélodrome, représentation géante de Che Guevarra, joueurs de baseball et cervolistes qui s'amusent avec le souffle d'Eole saluent l'arrivée à La Havane. Le Malecon, vaste boulevard qui longe le front de mer en protégeant la ville des assauts de l'océan, mène droit au quartier de Vedado. En des temps anciens, il n'était qu'une forêt protectrice de la ville. A la fin du XIXème siècle, les Espagnols et à leur suite les Américains ont investi les lieux, les riches Havanais y ont construit leur havre de paix. Partis à la Révolution, au milieu des années 50, certains ne sont toujours pas revenus... Aujourd'hui, le Vedado n'a rien perdu de ses demeures aux styles éclectiques et est devenu un quartier branché culturellement parlant...
Plus loin, avec son univers de béton, la place de la Révolution est bien plus austère. Cette immense esplanade – elle peut accueillir plus d'un million de personnes – est entrée dans la légende politique du pays : c'est ici que les Cubains se rassemblaient pour écouter les interminables discours de Fidel Castro, ceux-là mêmes qui pouvaient durer des heures.... Une autre figure emblématique de la Révolution cubaine trône sur la façade du Ministère de l'Intérieur : celle, en version géante, d'Ernesto « Che » Guevarra et de son non moins fameux « Jusqu'à la victoire, toujours »... Face à elle, l'obélisque qui marque le point culminant de la ville, rend hommage à José Marti, le grand artisan de l'Indépendance cubaine (fin du XIXème siècle). Curieux destin que celui de ce philosophe, poète, journaliste et écrivain qui, pour sa première lutte armée, meurt au combat...
Au coeur de la capitale cubaine, le Capitole n'est pas sans rappeler celui de Washington. Dans le jardin qui le borde, les écoliers, en uniforme lie de vin et blanc, répètent moult chorégraphies et chants tandis qu'en face, s'alignent anciennes Chevrolet, Cadillac ou Buick. Sous les arbres, patiemment, les taximen attendent leurs clients... Juste derrière, bien curieuse découverte que celle de ces antiques locomotives d'un autre âge en passe d'être restaurées, lovées entre l'entrée du quartier chinois et la façade néoclassique typique de la Fabrica Partagas, dont la renommée des cigares n'est plus à faire...
À quelques pas de là, Ernest Hemingway veille. D'abord du côté du bar-restaurant du Floridita où la légende prétend que c'est là qu'il inventa le daïquiri, à base de rhum blanc, de sucre, de citron vert et de glace pilée. Ensuite, à La Bodeguita del Medio, autre établissement que l'écrivain fréquentait et où il chacun peut laisser la trace de son passage sur les murs, après avoir goûté au mojito, là aussi grand classique alcoolisé. Entre les deux enseignes, il est bon se balader et se perdre dans les rues, venelles et places du Vieux La Havane, inscrite au Patrimoine mondial de l'Unesco. Un ensemble de vieilles pierres mais toutes pourvues d'une histoire, d'un caractère. Certaines demeures sont en passe de s'écrouler, d'autres entament une seconde jeunesse. Entre gris clair et tons pastels, influences espagnoles et baroque, il y a là une porte qui s'entrouvre sur un patio, là un balcon en fer forgé où chantent à tue-tête des canaris. Plus loin, des notes enjouées s'échappent d'un recoin : ici, la musique est omniprésente ! Et partout, la rue a comme un air de magie alors que la vie, tout simplement, suit son cours... Si l'économie locale tourne au ralenti, le peuple cubain déploie des trésors d'imagination et de combativité pour sa survie. Du conducteur de tricycle, qui ressemble furieusement à nos cuistax, au pilote de cocotaxi – une sorte de mobylette emballée dans une noix de coco – en passant par le vendeur de Granma, le journal national à la gloire de Fidel Castro, ou le rouleur de cigares, la ville grouille d'activité. Une activité qui n'est pas même interrompue par la sieste, si chère aux pays latins et pourtant inexistante ici...
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